नामार्थnāmārtha · le sens des noms
Le sens des noms des postures, et les mythes qu'ils racontent
4 min de lecture · Mis à jour le 16 octobre 2026 · sources vérifiées le 16 octobre 2026
En bref
Les noms des postures joignent un mot sanskrit à āsana, posture : vṛkṣa + āsana donne vṛkṣāsana, l'arbre. Ces mots désignent des animaux (cobra, paon, corbeau), des sages (Vasiṣṭha, Matsyendra), des héros et des dieux (Hanumān, Vīrabhadra, Naṭarāja), des objets (arc, charrue, roue) ou une orientation du corps (adho mukha, visage vers le bas). Certains viennent de textes du XVe siècle ; beaucoup datent du XXe.
Chaque nom de posture est un petit poème. Dites bhujaṅgāsana et vous voyez un serpent dressé ; vīrabhadrāsana, un guerrier né de la colère de Śiva ; hanumānāsana, un héros singe qui vole au-dessus de l'océan. Savoir ce que veulent dire les noms change la pratique : la posture cesse d'être une forme et devient une image à habiter. Cette page explique comment les noms sont construits, puis parcourt leurs grandes familles, avec un lien vers chaque fiche.
Comment se construit un nom de posture
Le sanskrit forme de longs mots en accolant des mots plus courts. Presque tous les noms de postures se terminent par āsana (आसन), « assise, posture », de la racine ās, s'asseoir. Quand le mot qui précède finit par a, les deux voyelles fusionnent : vṛkṣa + āsana = vṛkṣāsana, l'arbre ; padma + āsana = padmāsana, le lotus. Devant le mot principal, quelques termes reviennent sans cesse :
| Mot | Sens | Exemple |
|---|---|---|
| ardha | moitié | ardha matsyendrāsana, demi-posture du seigneur des poissons |
| eka pāda | un pied, une jambe | eka pāda rājakapotāsana, roi des pigeons sur une jambe |
| adho mukha | visage vers le bas | adho mukha śvānāsana, chien tête en bas |
| ūrdhva | vers le haut, levé | ūrdhva dhanurāsana, l'arc vers le haut ou roue |
| utthita | étendu | utthita trikoṇāsana, triangle étendu |
| parivṛtta | tourné, en torsion | parivṛtta trikoṇāsana, triangle en torsion |
| supta | allongé, endormi | supta vajrāsana, diamant allongé |
| baddha | lié | baddha padmāsana, lotus lié |
| sālamba | soutenu | sālamba sarvāṅgāsana, chandelle soutenue |
Un bon nom dit ce qu'il faut faire : adho mukha śvānāsana, « posture du chien visage vers le bas », est une consigne complète en quatre mots.
D'où viennent les noms
Le plus connu des manuels classiques du hatha, la Hatha Yoga Pradipika (quelques textes plus anciens décrivent déjà certaines postures), donne ses sources en un verset :
वशिष्ठाद्यैश्च मुनिभिर्मत्स्येन्द्राद्यैश्च योगिभिः । अङ्गीकृतान्यासनानि कथ्यन्ते कानिचिन्मया ॥
vaśiṣṭhādyaiś ca munibhir matsyendrādyaiś ca yogibhiḥ | aṅgīkṛtāny āsanāni kathyante kānicin mayā ||
Quelques-unes des postures adoptées par des sages comme Vasiṣṭha et par des yogis comme Matsyendra sont maintenant décrites par moi.
Deux mondes s'y rencontrent : les voyants védiques (muni) et les yogis de la lignée des Nātha. La Gheranda Samhita va plus loin et relie les postures à toute la création : « il y a autant de postures que d'espèces d'êtres vivants ; Śiva en enseigna quatre-vingt-quatre centaines de milliers » (2.1). D'où tant de postures nommées d'après des créatures.
Les animaux
Parmi les trente-deux postures de la Gheranda Samhita, plus d'un tiers portent un nom d'animal. Le texte ne dit pas pourquoi ; les formes parlent d'elles-mêmes.
| Nom | Animal | Source | Fiche |
|---|---|---|---|
| bhujaṅgāsana | serpent, cobra | Gheranda Samhita 2.42 | cobra |
| śalabhāsana | sauterelle, criquet | Gheranda Samhita 2.39 | — |
| mayūrāsana | paon | Hatha Yoga Pradipika 1.32 | — |
| kukkuṭāsana | coq | Hatha Yoga Pradipika 1.25 | — |
| kūrmāsana | tortue | Hatha Yoga Pradipika 1.24 | — |
| matsyāsana | poisson | Gheranda Samhita 2.21 | — |
| maṇḍūkāsana | grenouille | Gheranda Samhita 2.34 | — |
| uṣṭrāsana | chameau | Gheranda Samhita 2.41 | — |
| gomukhāsana | tête de vache | Hatha Yoga Pradipika 1.22 | — |
| siṃhāsana | lion | Hatha Yoga Pradipika 1.52-54 | — |
| makarāsana | makara, créature marine | Gheranda Samhita 2.40 | — |
| garuḍāsana | Garuḍa, aigle mythique | Gheranda Samhita 2.37 | — |
| bakāsana, kākāsana | grue, corbeau | moderne | corbeau |
| kapotāsana | pigeon | moderne | pigeon |
| adho mukha śvānāsana | chien | moderne | chien tête en bas |
| mārjārāsana | chat | moderne | — |
Deux détails méritent d'être connus. Le makara n'est pas un simple crocodile : le dictionnaire de Monier-Williams décrit « une sorte de monstre marin », emblème du dieu de l'amour et ornement des portes de temples. Et Garuḍa n'est pas un aigle ordinaire mais le roi des oiseaux, ennemi des serpents et monture de Viṣṇu.
Sages et yogis
Plusieurs postures honorent les maîtres de la tradition.
- Matsyendra, « seigneur des poissons », premier maître humain de la lignée des Nātha, que la Hatha Yoga Pradipika nomme parmi les maîtres du hatha (1.4). Sa torsion est classique : ardha matsyendrāsana, avec la légende du poisson qui entendit Śiva.
- Gorakṣa, son disciple, dont l'assise figure dans la Gheranda Samhita (gorakṣāsana, 2.24-25 dans le texte de GRETIL).
- Vasiṣṭha, l'un des plus célèbres voyants védiques, nommé dans le verset ci-dessus ; son nom est donné à la planche latérale (vasiṣṭhāsana), une posture moderne.
- Marīci, un rayon de lumière et le nom d'un Prajāpati, un seigneur des créatures ; marīcyāsana désigne une famille moderne de torsions et de flexions assises. Le même mot est l'un des douze noms du soleil.
- Bharadvāja, le voyant à qui la tradition attribue une grande partie du sixième livre du Rig Veda ; bharadvājāsana est une torsion assise moderne.
- Aṣṭāvakra, « tordu en huit endroits », le brahmane d'un récit du Mahābhārata ; aṣṭāvakrāsana est un équilibre sur les bras moderne.
Héros et dieux
- Vīrabhadra, le guerrier que Śiva fit naître d'une mèche de ses cheveux pour venger Satī, dans le Bhāgavata Purāṇa (4.5) : Vīrabhadrāsana, les postures du guerrier.
- Hanumān, fils du Vent, dont le nom signifie « à la mâchoire (brisée) » et qui franchit l'océan d'un bond dans le Rāmāyaṇa (5.1) : Hanumānāsana, le grand écart.
- Naṭarāja, Śiva roi de la danse : naṭarājāsana, la posture du danseur.
- Ananta, le serpent sans fin sur lequel repose Viṣṇu : anantāsana, une posture allongée sur le côté.
Toutes ces postures sont modernes ; les histoires sont anciennes. Donner à une posture le nom d'un héros, c'est offrir au pratiquant une image à incarner, pas prétendre que le héros la pratiquait.
Objets et nature
- Dhanus, l'arc : dhanurāsana, et ūrdhva dhanurāsana, la roue.
- Cakra, la roue : cakrāsana.
- Setu, le pont, écho du pont de Rāma vers Laṅkā : setu bandhāsana.
- Vajra, la foudre d'Indra, le diamant : vajrāsana.
- Daṇḍa, le bâton : daṇḍāsana et caturaṅga daṇḍāsana.
- Hala, la charrue : halāsana. Nāva, le bateau : nāvāsana.
- Padma, le lotus : padmāsana. Vṛkṣa, l'arbre : vṛkṣāsana.
- Tāḍa, expliqué comme la montagne : tāḍāsana.
- Trikoṇa, le triangle : trikoṇāsana.
Le corps et les états
Certains noms décrivent le corps lui-même : śīrṣa, la tête (śīrṣāsana) ; sarvāṅga, tous les membres (sarvāṅgāsana) ; paścima, l'ouest, l'arrière du corps (paścimottānāsana). D'autres décrivent un état : sukha, l'aisance (sukhāsana) ; siddha, l'accompli (siddhāsana) ; śava, le cadavre (śavāsana), que la Gheranda Samhita appelle aussi mṛta, le mort.
Bon à savoir
Apprenez le sens d'un nom par semaine, et dites-le en entrant dans la posture. Le glossaire sanskrit et le guide pour prononcer le sanskrit vous y aideront.
Noms anciens, postures nouvelles
Une dernière surprise attend qui lit les textes : un même nom peut désigner des postures différentes. L'arc de la Hatha Yoga Pradipika est un archer qui tire l'orteil jusqu'à l'oreille, pas l'arc à plat ventre ; le vajrāsana du même texte est un autre nom de siddhāsana ; l'uṣṭrāsana de la Gheranda Samhita se pratique à plat ventre, pas à genoux. Sur chaque fiche Yogide, nous disons si la posture est classique ou moderne, et quelle version le nom désigne. Toutes les fiches : le chapitre des asanas.
Les questions qu’on se pose
Pourquoi toutes les postures finissent-elles en -asana ?
Parce qu'āsana signifie assise ou posture, et que le sanskrit forme des composés en accolant les mots. Quand le premier mot finit par a, les deux voyelles fusionnent en ā long : bhujaṅga + āsana donne bhujaṅgāsana.
Les noms des postures sont-ils vraiment anciens ?
Certains, oui. La Hatha Yoga Pradipika (XVe siècle) nomme quinze postures, la Gheranda Samhita trente-deux. La plupart des postures debout et bien d'autres ont été nommées dans l'Inde du XXe siècle, souvent avec un sanskrit forgé pour l'occasion.
Combien y a-t-il de postures dans la tradition ?
La Gheranda Samhita dit qu'il y a autant de postures que d'espèces vivantes, 8 400 000, enseignées par Śiva, dont 84 se distinguent et 32 sont utiles aux humains. Le nombre 84 est symbolique : la HYP et la GS en décrivent bien moins, et les premières listes de 84 noms, dans des textes plus tardifs comme la Haṭharatnāvalī (XVIIe siècle), ne concordent pas entre elles.
Sources
- Svātmārāma, Haṭhayogapradīpikā, texte sanskrit (GRETIL, université de Göttingen) vérifiée le 16 octobre 2026
- Gheraṇḍasaṃhitā, texte sanskrit, chapitre 2 (GRETIL, université de Göttingen) vérifiée le 16 octobre 2026
- Monier-Williams, Sanskrit-English Dictionary (1899), dictionnaires sanskrits numériques de Cologne vérifiée le 16 octobre 2026
- Vālmīki, Rāmāyaṇa, texte sanskrit de l'édition critique (GRETIL, université de Göttingen) vérifiée le 16 octobre 2026
- Bhāgavata Purāṇa, texte sanskrit (GRETIL, université de Göttingen) vérifiée le 16 octobre 2026
Pratiquez en douceur et selon vos limites. Le yoga s’apprend mieux avec un professeur qualifié ; cette page ne le remplace pas.