शिवśiva · propice, le Bienveillant
Śiva, l’Ādiyogi, le premier yogi de la tradition
4 min de lecture · Mis à jour le 18 octobre 2026 · sources vérifiées le 18 octobre 2026
En bref
Dans la tradition du yoga, Śiva est le premier maître du yoga. La Haṭha Yoga Pradīpikā s’ouvre sur un salut à Ādinātha, le Premier Seigneur, qui a enseigné le haṭha yoga ; son traducteur de 1915, Pancham Sinh, précise qu’il s’agit de Śiva. Le mot Adiyogi, premier yogi, est une forme moderne, rendue célèbre par la statue de 112 pieds inaugurée près de Coimbatore le 24 février 2017.
Le nom
शिव (śiva) est d’abord un adjectif : Monier-Williams donne « propice, favorable, gracieux, bienveillant, bénin, aimable ». Comme nom, il signifie « le Bienveillant », celui qui porte bonheur. Le dictionnaire ajoute que, dans le Veda, le dieu s’appelait Rudra, « le dieu terrible », et que Śiva est devenu son nom usuel plus tard. Pour ses fidèles, les śivaïtes, il n’est pas un dieu parmi d’autres mais la réalité suprême ; dans la tradition du yoga, il est avant tout le premier maître.
Ādinātha, le premier seigneur du haṭha yoga
La Haṭha Yoga Pradīpikā, le manuel classique du haṭha yoga, s’ouvre sur un salut :
श्रीआदिनाथाय नमोऽस्तु तस्मै येनोपदिष्टा हठयोगविद्या । विभ्राजते प्रोन्नतराजयोगमारोढुमिच्छोरधिरोहिणीव ॥
śrī-ādi-nāthāya namo 'stu tasmai yenopadiṣṭā haṭha-yoga-vidyā | vibhrājate pronnata-rāja-yogam āroḍhum icchor adhirohiṇīva ||
Salut au glorieux Ādinātha, qui a enseigné la science du haṭha yoga : elle brille comme un escalier pour qui veut monter jusqu’aux sommets du rāja yoga.
Ādi-nātha signifie « le Premier Seigneur ». La strophe ne dit pas qui il est ; la tradition le dit. La traduction anglaise de Pancham Sinh (1915) rend l’ouverture par « Salutation to Adinatha (Siva) ». Le dictionnaire de Monier-Williams, lui, donne Ādinātha comme nom de l’Ādibouddha et d’un maître jaïn : le même titre sert dans plusieurs traditions, et dans la lignée du haṭha il désigne Śiva.
Quelques strophes plus loin (1.5-1.8), Svātmārāma énumère les grands siddha du haṭha yoga, une chaîne de maîtres qui commence par śrī-ādinātha-matsyendra : Ādinātha, puis Matsyendra, Śāvara, Ānandabhairava, Cauraṅgī, Mīna, Gorakṣa, une trentaine de noms en tout. Śiva se tient en tête de la paramparā, la lignée de transmission.
Le grand yogi des épopées et des tantras
Monier-Williams relève mahāyogin, « un grand yogi », comme nom de Viṣṇu ou de Śiva dans le Mahābhārata. L’image est familière : l’ascète sur la montagne, aux cheveux tressés, avec un serpent et un tambour, absorbé en méditation ; Coomaraswamy note que le tambour appartient à « son caractère de yogi ».
Les tantras en font le maître qui dialogue avec la Déesse. Dans le Vijñāna Bhairava, un tantra où Bhairava, une forme de Śiva, répond aux questions de la Déesse (Devī), l’enseignement est une suite de courtes méthodes de méditation. Vers la fin, le texte les compte :
निस्तरङ्गोपदेशानां शतमुक्तं समासतः । द्वादशाभ्यधिकं देवि यज्ज्ञात्वा ज्ञानविज्जनः ॥
nistaraṅgopadeśānāṃ śatam uktaṃ samāsataḥ | dvādaśābhyadhikaṃ devi yaj jñātvā jñānavij janaḥ ||
Cent douze enseignements sur l’état sans vagues ont été dits, en bref, ô Déesse ; qui les connaît devient vraiment sage.
Ce nombre, 112, est celui que la fondation Isha donne pour les « 112 voies » enseignées par l’Adiyogi (voir plus bas).
Naṭarāja, le seigneur de la danse
Naṭa signifie, chez Monier-Williams, « acteur, danseur, mime », et Naṭarāja est Śiva roi des danseurs. L’essai d’Ananda Coomaraswamy The Dance of Siva (1918) décrit le bronze classique de l’Inde du Sud : quatre bras, une main droite tenant un tambour, l’autre levée dans le geste « n’aie pas peur », une main gauche tenant le feu, l’autre pointée vers le démon nain Muyalaka, le pied gauche levé, le tout dans un cercle frangé de flammes. Il explique que la danse figure les cinq activités de Śiva : création, préservation, destruction, voilement et grâce, et que les cheveux tressés sont « comme ceux d’un yogi ». Coomaraswamy rappelle que ces bronzes ont pour motif la danse de Śiva dans la salle dorée de Chidambaram (Tillai), au Tamil Nadu.
Plus ancien que les textes ?
Un sceau trouvé à Mohenjo-daro, dans la vallée de l’Indus, montre un personnage assis dans une posture qui ressemble à une posture de yoga. L’archéologue John Marshall y a vu un « proto-Śiva » ; cette lecture a été très discutée et contestée depuis, et le personnage ne peut pas être identifié avec certitude. Mieux vaut le dire que d’en faire une preuve.
Adiyogi, un nom moderne
L’idée que Śiva est le premier maître du yoga est traditionnelle. Le mot Adiyogi, « premier yogi », n’est pas dans le dictionnaire de Monier-Williams (pas d’entrée ādiyogin) ; les textes du haṭha disent Ādinātha. La forme anglaise s’est fait connaître par la fondation Isha, fondée par Sadhguru, qui l’emploie dans son enseignement et l’a donnée à sa statue : dans la nuit de Mahāśivarātri, le 24 février 2017, le Premier ministre indien a dévoilé le visage de 112 pieds (environ 34 mètres) de l’Adiyogi au centre de yoga d’Isha près de Coimbatore. Isha l’appelle « Adiyogi – la source du yoga » ; une photo de la cérémonie, dans les archives du Press Information Bureau, confirme la date et montre le Premier ministre présentant un livre de ce titre lors du dévoilement de la statue, nommée là « Adiyogi – The Shiva ». Isha indique que le Guinness World Records l’a reconnu comme le plus grand buste sculpté du monde, et que sa hauteur représente les « 112 voies » offertes par l’Adiyogi. La page d’Isha situe aussi l’enseignement de l’Adiyogi aux sept sages « il y a plus de 15 000 ans » : c’est le récit de la fondation, pas une date historique. Notre page Coimbatore donne les horaires et les règles de visite.
Honorer Śiva en yogi
- Chantez Om namaḥ śivāya, le mantra aux cinq syllabes, 108 fois sur un mala, ou simplement trois fois avant votre pratique.
- Gardez la nuit de Śiva : Maha Shivaratri, la grande nuit de Śiva, s’observe, comme le décrit Sri Ramanasramam, « par une veille de toute la nuit, des pūjās, la récitation de mantras ».
- Lisez la première strophe de la Haṭha Yoga Pradīpikā avant vos āsanas : c’est ainsi que le texte lui-même commence.
Le livre Les mantras sacrés donne Om namaḥ śivāya avec sa source, son sens mot à mot et la manière de le chanter.
Les questions qu’on se pose
C’est quoi Shiva, que signifie son nom ?
Śiva est un adjectif sanskrit qui signifie propice, favorable, bienveillant, aimable. Comme nom, c’est « le Bienveillant », « l’Auspicieux ». Monier-Williams note que, dans le Veda, le dieu s’appelait Rudra, et que Śiva est devenu son nom usuel plus tard. Pour ses fidèles, c’est la réalité suprême.
Pourquoi Shiva est-il appelé le premier yogi ?
Parce que les textes du yoga en font le premier maître. La Haṭha Yoga Pradīpikā salue Ādinātha, le Premier Seigneur, « qui a enseigné la science du haṭha yoga » (1.1), et le place en tête de sa lignée de maîtres (1.5). Les épopées appellent Śiva Mahāyogin, le grand yogi.
Que tient Shiva danseur, Nataraja ?
D’après la description d’Ananda Coomaraswamy (1918) : quatre bras, un tambour dans une main droite, l’autre levée dans le geste « n’aie pas peur », le feu dans une main gauche, l’autre pointée vers le démon nain Muyalaka, le pied gauche levé, le tout dans un cercle frangé de flammes. Sa danse figure ses cinq activités : création, préservation, destruction, voilement et grâce.
Quel mantra de Shiva chanter ?
Le plus connu est Om namaḥ śivāya, le mantra aux cinq syllabes (pañcākṣara), que chacun peut chanter ; notre page lui est consacrée, avec sa source dans le Śrī Rudram. Les mantras reçus lors d’une initiation se chantent comme l’indique le maître.
Adiyogi est-il un nom traditionnel ?
L’idée est traditionnelle : Śiva premier maître du yoga. Les textes du haṭha l’appellent Ādinātha, et le dictionnaire de Monier-Williams n’a pas d’entrée ādiyogin. La forme Adiyogi est employée par la fondation Isha, qui l’a donnée à sa statue en 2017.
Sources
- Svātmārāma, Haṭhayogapradīpikā, texte sanskrit (GRETIL), strophes 1.1-1.9 vérifiée le 18 octobre 2026
- The Hatha Yoga Pradipika, traduction anglaise de Pancham Sinh (Allahabad, 1915), strophe 1, scan de la Digital Library of India, Internet Archive vérifiée le 18 octobre 2026
- Monier-Williams, Sanskrit-English Dictionary (1899), entrées śiva, ādinātha, mahāyogin, bhairava, naṭa, Cologne Digital Sanskrit Dictionaries vérifiée le 18 octobre 2026
- Vijñānabhairava, texte sanskrit (GRETIL), strophe 139 vérifiée le 18 octobre 2026
- Ananda Coomaraswamy, The Dance of Siva: Fourteen Indian Essays (New York, The Sunwise Turn, 1918), Internet Archive vérifiée le 18 octobre 2026
- 112-feet Adiyogi — Isha Foundation (site officiel) vérifiée le 18 octobre 2026
- Photo 99296, cabinet du Premier ministre : présentation du livre « Adiyogi – The Source of Yoga » lors du dévoilement du visage d’Adiyogi de 112 pieds, Coimbatore, 24 février 2017 — Press Information Bureau, gouvernement de l’Inde vérifiée le 18 octobre 2026
- Activities, fêtes : Mahasivaratri — Sri Ramanasramam (site officiel) vérifiée le 18 octobre 2026
- Pashupati seal, Wikipédia en anglais (Mohenjo-daro, lecture « proto-Śiva » de Marshall et interprétations ultérieures) vérifiée le 18 octobre 2026