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Langue : Français

उच्चारणuccāraṇa · la prononciation

Prononcer les mots sanskrits du yoga

5 min de lecture · Mis à jour le 17 octobre 2026 · sources vérifiées le 17 octobre 2026

En bref

Le sanskrit se prononce comme il s’écrit. Allongez vraiment les voyelles longues (ā, ī, ū, e, o), faites entendre le souffle des consonnes aspirées (kh, th, bh), recourbez la langue pour les rétroflexes (ṭ, ḍ, ṇ, ṣ), dites u « ou » et c « tch ». Avec ces règles, āsana, prāṇāyāma et śavāsana sonnent comme en Inde.

Pourquoi ces petits signes comptent

Les mots du yoga nous arrivent sous deux graphies. Les studios écrivent shavasana ; les spécialistes écrivent śavāsana. La seconde forme est l’IAST, l’alphabet international de translittération du sanskrit, issu du système adopté par le Congrès des orientalistes de Genève en 1894. Chaque signe y correspond à une seule lettre sanskrite : il vous dit exactement comment prononcer le mot. Les signes ne sont pas décoratifs : un trait allonge une voyelle, un point souscrit change la place de la langue, et ś et ṣ sont deux sons différents.

La bonne nouvelle : le sanskrit se dit comme il s’écrit. Une fois les sons ci-dessous connus, vous pouvez lire à voix haute n’importe quel mot de ce site.

Les voyelles : la longueur fait le sens

Les grammairiens indiens, rappelle William Dwight Whitney (Sanskrit Grammar, 1879, § 77), définissent la voyelle longue comme deux fois plus longue que la brève. Et la longueur change le mot : mālā est une guirlande ou un chapelet, mala une impureté.

IASTDevanāgarīSe dit commeExemple
aअa bref et neutre, comme le u de l’anglais « but »mantra
āआ« â » de « pâte », tenu longāsana
iइi brefśiva
īई« î », tenu longgītā
uउ« ou » brefguru : « gourou »
ūऊ« oû », tenu longsūrya
ṛऋune syllabe faite d’un r ; en Inde on dit en général « ri »ṛṣi, rishi
eए« é » longnamaste
aiऐ« aï »vairāgya
oओ« ô » longyoga
auऔ« aou »mauna

Arthur Macdonell (A Sanskrit Grammar for Students, 1927) précise que e et o se prononcent comme de simples voyelles longues « depuis au moins 300 avant notre ère » : yoga se dit avec un ô long et pur.

Les consonnes : cinq lieux dans la bouche

Les grammairiens indiens ont rangé les consonnes selon l’endroit où la bouche se ferme, de la gorge aux lèvres. Chaque ligne a les cinq mêmes sortes de sons.

LieuSimpleAspiréeSonoreSonore aspiréeNasale
Gorge (k)क kख khग gघ ghङ ṅ
Palais (c)च cछ chज jझ jhञ ñ
Rétroflexe (ṭ)ट ṭठ ṭhड ḍढ ḍhण ṇ
Dents (t)त tथ thद dध dhन n
Lèvres (p)प pफ phब bभ bhम m

Viennent ensuite य y, र r, ल l, व v, les trois sifflantes श ś, ष ṣ, स s, et ह h.

Ce que signifie chaque colonne, d’après Macdonell, adapté pour une bouche francophone :

  • Aspirées : « l’aspiration doit s’entendre distinctement ». Le français n’a pas ces sons : dites la consonne puis un petit souffle, comme un « h » soufflé. Haṭha se dit « hat-ha », jamais avec le th anglais ; bhakti commence par « b » suivi d’un souffle.
  • c et j se disent comme le « tch » de « tchèque » et le « dj » de « djembé ». Cakra se dit « tchakra ».
  • ṅ a le son « ng » de l’anglais « king », celui de « parking ».
  • Rétroflexes ṭ, ḍ, ṇ : comme t, d, n, mais la langue est recourbée plus en arrière contre le palais. On les entend dans haṭha, prāṇa, kuṇḍalinī.
  • Dentales t, d, n : la pointe de la langue « contre le bord même des dents de devant », comme en français.
  • g est toujours dur (gītā : « guî-tâ ») et s toujours sourd, même entre deux voyelles : āsana se dit « â-sa-na », jamais « â-za-na ».
  • r est battu : un seul coup de langue, comme en espagnol dans « pero ».

Trois sifflantes : s, ś, ṣ

Pour Macdonell, s se dit comme dans l’anglais « sin », ṣ comme « sh » dans « shun », et ś « à mi-chemin des deux », comme le son de l’allemand ich. Pour une oreille francophone, ś et ṣ sont tous deux proches de « ch » : śānti se dit « chân-ti », śiva « chi-va », ṛṣi « ri-chi ». Ne les dites jamais comme un simple s.

Anusvāra (ṃ) et visarga (ḥ)

  • ṃ, l’anusvāra, est une nasale qui sonne, dit Macdonell, « comme le n du français bon » : saṃskṛta, ahiṃsā, oṃ. Devant une consonne, elle prend souvent la nasale de la ligne de cette consonne. Attention en revanche aux n écrits : dans śānti ou mantra, le n est une vraie consonne qu’on entend, pas une voyelle nasale à la française (« chân-ti », pas « chanti » comme « chanter »).
  • ḥ, le visarga, est un souffle en fin de mot, « prononcé en Inde comme un h dur, suivi d’un bref écho de la voyelle précédente ». Namaḥ se dit « na-ma-ha », et duḥkha a un léger souffle au milieu.

L’accent : léger et prévisible

Le sanskrit le plus ancien, celui des Védas, avait un accent musical : Whitney (§§ 80-82) explique que les grammairiens indiens le décrivent comme une affaire de hauteur, avec un ton haut (udātta), un ton bas (anudātta) et un ton composé descendant (svarita). Les récitants védiques formés le conservent. Le sanskrit classique, celui de la Gītā et des textes de yoga, ne note aucun accent. Selon Macdonell, depuis le début de notre ère environ, on le prononce avec un accent d’intensité proche de celui du latin :

  1. sur l’avant-dernière syllabe si elle est longue : Kālidāsa, accent sur dā ;
  2. sinon sur l’antépénultième : Himālaya, accent sur mā ;
  3. et si les deux syllabes qui précèdent la fin sont brèves, sur la quatrième en partant de la fin : kārayati, accent sur kā.

Une syllabe est longue si elle a une voyelle longue, ṃ ou ḥ, ou si elle se termine par une consonne (comme man dans mantra). Pour un francophone, le plus important est ailleurs : allongez les voyelles longues, l’accent suivra.

Vingt mots du yoga à dire à voix haute

Les majuscules marquent l’accent léger donné par la règle ci-dessus.

MotDevanāgarīIASTÀ direErreur fréquente
yogaयोगyogaYÔ-gaun o bref, « yo-ga » à la française
asanaआसनāsanaÂ-sa-na« a-za-na »
pranayamaप्राणायामprāṇāyāmaprâ-nâ-YÂ-mades a tous brefs
hathaहठhaṭhaHAT-hale th anglais de « think »
savasanaशवासनśavāsanacha-VÂ-sa-na« sa-va-za-na »
namasteनमस्तेnamastena-MAS-té« na-mas-tèï » à l’anglaise
omॐoṃôm, long et nasalun « om » bref
mantraमन्त्रmantraMAN-tra« man » nasal comme « manteau »
chakraचक्रcakraTCHAK-ra« chakra »
kundaliniकुण्डलिनीkuṇḍalinīKOUN-da-li-nî« kun-da-li-ni » avec le u français
pranaप्राणprāṇaPRÂ-naa bref
dhyanaध्यानdhyānaDHYÂ-naoublier le souffle après le d
samadhiसमाधिsamādhisa-MÂ-dhiaccent sur « sa »
ahimsaअहिंसाahiṃsāa-HIM-sâ« a-im-za »
Patanjaliपतञ्जलिpatañjalipa-TAN-dja-li« pa-tan-ja-li » avec le j français
Bhagavad Gitaभगवद्गीताbhagavad-gītāBHA-ga-vad GUÎ-tâ« gi-ta » avec le g de « girafe »
namaskaraनमस्कारnamaskārana-mas-KÂ-raā bref
ujjayiउज्जायीujjāyīoud-DJÂ-yî« u-ja-yi »
shantiशान्तिśāntiCHÂN-ti« chanti » nasal
sanskritसंस्कृतsaṃskṛtaSAMS-kri-ta« sans-krit »

Un dernier pour la route : jñāna, la connaissance, se dit souvent « gyâ-na » dans le nord de l’Inde, d’où la graphie hindie gyan.

Comment s’exercer

  1. Lisez un mot en IAST, puis en devanāgarī. Notre glossaire sanskrit donne 247 mots du yoga sous les deux formes.
  2. Exagérez au début : doublez les voyelles longues, soufflez les aspirées, recourbez la langue pour ṭ et ḍ. Vous trouverez ensuite la juste mesure.
  3. Lisez un verset à voix haute chaque jour : commencez par les sutras de la page Yoga Sutras ou par le mantra Gayatri.
  4. Écoutez ceux qui ont appris d’un maître : en Inde, la récitation védique se transmet de bouche à oreille, et l’oreille corrige ce que l’œil laisse passer.

Notre livre

Le sanskrit du yogi donne les tableaux complets de la devanāgarī, une clé de prononciation pensée pour les francophones, les règles de base du sandhi, la lecture du nom de n’importe quel āsana et onze mantras mot à mot, de la Gāyatrī à oṃ saha nāvavatu.

Les questions qu’on se pose

Comment bien prononcer les mots sanskrits du yoga ?

Retenez cinq règles : un trait sur une voyelle la rend deux fois plus longue ; un h après une consonne est un vrai souffle ; un point sous t, d, n ou s demande de recourber la langue ; u se dit « ou » ; c se dit « tch » et j « dj ». Et le s reste toujours dur : āsana ne se dit pas « azana ».

Que veut dire pranayama en sanskrit ?

Prāṇāyāma unit prāṇa, le souffle, la vie, et āyāma, que Monier-Williams traduit par « étirement, extension » et par « retenue, arrêt ». Le mot couvre donc l’allongement et la rétention du souffle. Dites « prâ-nâ-yâ-ma », avec trois ā bien longs.

Le sanskrit est-il difficile à apprendre ?

Le lire et le prononcer est la partie facile : chaque signe a un seul son et s’écrit comme il se dit. La grammaire, avec ses changements de sons entre les mots (sandhi) et ses nombreuses terminaisons, demande bien plus longtemps. Pour le yoga, quelques semaines de lecture à voix haute changent déjà votre façon de dire les mots.

Où trouver les Yoga Sutras ou la Hatha Yoga Pradipika en sanskrit ?

GRETIL, le répertoire de textes électroniques de Göttingen, publie les deux en translittération, gratuitement. Nos pages sur les Yoga Sutras et la Hatha Yoga Pradipika donnent les versets clés en devanāgarī et en IAST, avec notre traduction.

Chakra se prononce-t-il « chakra » ou « tchakra » ?

« Tchakra » : la lettre sanskrite c (च) se dit toujours comme le « tch » de « tchèque ». Le premier a est bref ; le mot s’écrit cakra en IAST.

Sources

  1. Arthur A. Macdonell, A Sanskrit Grammar for Students, 3e édition (Oxford, 1927), § 15 Pronunciation, Internet Archive vérifiée le 17 octobre 2026
  2. William Dwight Whitney, A Sanskrit Grammar (Leipzig, 1879), §§ 77 et 80-82 sur la quantité et l’accent, Internet Archive vérifiée le 17 octobre 2026
  3. Royal Asiatic Society, Transliteration Report (1896), sur le système adopté au Congrès des orientalistes de Genève (1894), Internet Archive vérifiée le 17 octobre 2026
  4. International Alphabet of Sanskrit Transliteration, Wikipédia (anglais) vérifiée le 17 octobre 2026
  5. Gérard Huet, Dictionnaire Héritage du sanskrit (Inria), en ligne vérifiée le 17 octobre 2026

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