शिवसंहिताśiva-saṃhitā · le recueil de Śiva
La Śiva Saṃhitā, le yoga enseigné par Śiva
4 min de lecture · Mis à jour le 17 octobre 2026 · sources vérifiées le 17 octobre 2026
En bref
La Śiva Saṃhitā est un texte sanskrit de yoga en cinq chapitres, enseigné par Śiva à la Déesse, que les chercheurs datent du XVe siècle environ. Il unit une philosophie non duelle, une carte détaillée du corps subtil et les techniques du haṭha : 84 postures dont quatre principales, dix mudrā, quatre sortes de yoga, et la promesse que les maîtres de maison peuvent réussir.
Un dialogue entre Śiva et la Déesse
La Śiva Saṃhitā se présente comme l’enseignement de Śiva, qui s’adresse à la Déesse (« ô déesse des trois mondes », 4.23). Elle ne nomme aucun auteur humain. Jason Birch la date du XVe siècle environ, à la suite de James Mallinson : elle est donc presque contemporaine de la Hatha Yoga Pradipika. Là où la Pradīpikā est un manuel pratique, la Śiva Saṃhitā place la pratique dans une philosophie et une carte du corps subtil, avec une couleur franchement tantrique : le chapitre 4 évoque « la boisson sacrée des Kaula », une école tantrique.
Bon à savoir
Il n’existe pas de texte sanskrit fiable de la Śiva Saṃhitā sur GRETIL : cette page s’appuie donc sur la traduction anglaise de Śrīśa Chandra Vasu (1914), dans le domaine public, que nous traduisons en français, et donne les numéros de Vasu. D’autres éditions numérotent certaines strophes autrement : Birch, par exemple, situe la hiérarchie des quatre yogas en 5.12-5.27, là où Vasu a 5.9-5.14.
Les cinq chapitres
| Chapitre | Sujet (d’après les intertitres de Vasu) |
|---|---|
| 1 | « Une seule existence » : seule la connaissance est éternelle ; les nombreuses opinions sur la voie de la libération, et le yoga comme vraie méthode |
| 2 | Le corps comme petit univers (brahmāṇḍa) : le mont Meru, la lune et le soleil, les canaux, la Kuṇḍalinī, l’âme individuelle |
| 3 | La pratique : les dix souffles, le guru, la purification des canaux, les quatre étapes, les postures |
| 4 | Les mudrā : yoni-mudrā, l’éveil de la Kuṇḍalinī, mahāmudrā, mahābandha, mahāvedha, khecarī et les autres |
| 5 | Les obstacles, les quatre sortes de yoga et d’aspirants, les lotus du corps subtil, le rāja yoga, le yoga des maîtres de maison |
Chapitre 1 : une seule réalité, beaucoup d’opinions
Le texte s’ouvre sur une affirmation non duelle : seule la connaissance (jñāna) est éternelle, sans commencement ni fin, et la diversité du monde vient des sens (1.1). Il énumère ensuite ce que chacun vante comme la voie : l’aumône, les rites pour les ancêtres, l’action, le détachement, les devoirs du maître de maison, le sacrifice du feu, le mantra, le pèlerinage (1.5-1.7). La réponse de la Śiva Saṃhitā est le yoga.
Chapitre 2 : le corps comme univers
Dans ce corps se trouvent les voyants, les étoiles et les planètes, le soleil et la lune ; la colonne vertébrale est le mont Meru (2.1-2.10). La traduction de Vasu donne un chiffre frappant :
Dans les textes
« Dans le corps de l’homme, il y a 350 000 nāḍī ; parmi elles, quatorze sont les principales. » (Śiva Saṃhitā 2.13, d’après la traduction anglaise de Śrīśa Chandra Vasu, 1914 · notre traduction)
La Pradīpikā parle de 72 000 canaux (HYP 1.41, 4.18) : les chiffres varient d’un texte à l’autre. Parmi les quatorze, trois comptent plus que les autres : iḍā à gauche, piṅgalā à droite et suṣumnā au milieu, avec la Kuṇḍalinī lovée à sa base. Notre page sur les nāḍī compare les sources.
Chapitre 3 : la pratique et les quatre postures
La pratique commence avec un guru et un lieu tranquille. Les canaux se purifient par la respiration alternée, vingt rétentions à la fois, quatre fois par jour, pendant trois mois (3.20-3.26). Le progrès traverse quatre étapes, aux mêmes noms que dans la Pradīpikā : ārambha, ghaṭa, paricaya, niṣpatti. Viennent ensuite les postures :
Dans les textes
« Il y a quatre-vingt-quatre postures, de diverses sortes. Parmi elles, on doit en adopter quatre, que je cite ci-dessous : 1, siddhāsana ; 2, padmāsana ; 3, ugrāsana ; 4, svastikāsana. » (Śiva Saṃhitā 3.84, d’après la traduction anglaise de Śrīśa Chandra Vasu, 1914 · notre traduction)
Ugrāsana, « la posture sévère », est une flexion avant assise, jambes tendues et écartées ; Vasu ajoute qu’on l’appelle aussi paścimottāna (3.92). Elle est proche de la pince assise d’aujourd’hui. Les trois autres sont des assises pour le souffle et la méditation.
Chapitre 4 : les mudrā et la force de la pratique
Le chapitre enseigne d’abord yoni-mudrā, puis « les dix meilleures » mudrā (4.15) : mahāmudrā, mahābandha, mahāvedha, khecarī, jālandhara, mūla-bandha, viparīta-karaṇī, uḍḍāna, vajroṇī et śakti-cālana. Vasu a retiré de sa traduction la description de vajroṇī, comme il le dit dans une note : une « traduction » de 1914 n’est pas toujours complète. Les lignes les plus citées du chapitre portent sur la pratique, et Pancham Sinh les a placées dans l’introduction de sa traduction de la Pradīpikā :
Dans les textes
« Par la pratique on obtient le succès ; par la pratique on obtient la libération. La conscience parfaite s’obtient par la pratique. » (Śiva Saṃhitā 4.9-4.10, d’après la traduction anglaise de Śrīśa Chandra Vasu, 1914 · notre traduction)
Chapitre 5 : quatre yogas, quatre sortes d’élèves
Dans les textes
« Le yoga est de quatre sortes : d’abord le mantra-yoga, deuxièmement le haṭha-yoga, troisièmement le laya-yoga, quatrièmement le rāja-yoga, qui écarte la dualité. » (Śiva Saṃhitā 5.9, d’après la traduction anglaise de Śrīśa Chandra Vasu, 1914 · notre traduction)
Les strophes suivantes associent chaque yoga à un type d’élève (5.10-5.14), et dans cette échelle l’ordre devient mantra, laya, haṭha, rāja :
| Élève | Yoga | Délai de réussite (Vasu) |
|---|---|---|
| Faible (mṛdu) : peu de volonté, inconstant | mantra yoga | douze ans, avec de grands efforts |
| Moyen (madhya) : d’humeur égale, bienveillant | laya yoga | non précisé dans la traduction |
| Ardent (adhimātra) : stable, énergique, dévoué au guru | haṭha yoga et ses branches | six ans |
| Le plus ardent (adhimātratama) | tous les yogas | trois ans |
Birch trouve déjà la hiérarchie des quatre yogas dans le Dattātreyayogaśāstra (XIIe-XIIIe siècle), et l’association des yogas à quatre sortes d’élèves dans l'Amaraughaprabodha. Le chapitre décrit ensuite les lotus du corps subtil, de mūlādhāra au sommet de la tête, et pose le même lien que la Pradīpikā : le haṭha yoga ne s’obtient pas sans le rāja yoga, ni le rāja yoga sans le haṭha yoga (5.181). Il finit sur une promesse qui le distingue :
Dans les textes
« Vivant à la maison parmi sa femme et ses enfants, mais libre de tout attachement envers eux, pratiquant le yoga en secret, même un maître de maison trouve les signes du succès. » (Śiva Saṃhitā 5.212, d’après la traduction anglaise de Śrīśa Chandra Vasu, 1914 · notre traduction)
Sa place parmi les textes de haṭha
| Hatha Yoga Pradipika | Śiva Saṃhitā | Gheraṇḍa Saṃhitā | |
|---|---|---|---|
| Date (Birch) | XVe siècle | XVe siècle | XVIIe-XVIIIe siècle |
| Qui parle | Svātmārāma | Śiva, à la Déesse | Gheraṇḍa, à Caṇḍa |
| Postures décrites | 15 | 4 (sur 84) | 32 |
| Philosophie | brève | non duelle, développée | dévotionnelle, finale vishnouite |
Lisez-la à côté de la Gheraṇḍa Saṃhitā et de notre vue d’ensemble des textes sacrés.
Les éditions libres
- Anglais, domaine public : Śrīśa Chandra Vasu, The Siva Samhita, Sacred Books of the Hindus 15, partie 1 (Allahabad, 1914), avec le texte sanskrit, sur Internet Archive.
- Protégées : la traduction de James Mallinson (2007) et les autres éditions modernes.
Notre édition de la Hatha Yoga Pradipika explique, chapitre par chapitre et en 66 strophes clés, les techniques de haṭha que ces textes partagent.
Les questions qu’on se pose
Qu’est-ce que la Shiva Samhita ?
Un manuel sanskrit de yoga où Śiva enseigne la Déesse. Il décrit le corps comme un petit univers, les canaux et les lotus du corps subtil, la maîtrise du souffle, les postures, les mudrā et la méditation, et il répète que la pratique, non le savoir, mène au succès.
Combien de postures dans la Shiva Samhita ?
Elle mentionne quatre-vingt-quatre postures et en décrit quatre : siddhāsana, padmāsana, ugrāsana (la posture « sévère », une flexion avant assise jambes écartées) et svastikāsana (3.84-3.95 dans la traduction de Vasu).
La Shiva Samhita est-elle plus ancienne que la Hatha Yoga Pradipika ?
Elles sont proches. Jason Birch les date toutes deux du XVe siècle, d’après Christian Bouy pour la Pradīpikā et James Mallinson pour la Śiva Saṃhitā. Ces dates sont approximatives.
Un maître de maison peut-il pratiquer selon la Shiva Samhita ?
Oui. Ses dernières strophes disent qu’un maître de maison qui vit avec femme et enfants, sans attachement, et pratique en secret, voit apparaître les signes du succès (5.210-5.212 dans la numérotation de Vasu).
Sources
- The Sacred Books of the Hindus, vol. 15 : la Śiva Saṃhitā et la Gheraṇḍa Saṃhitā, texte sanskrit et traduction anglaise de Śrīśa Chandra Vasu (Allahabad, 1914-1915), Internet Archive vérifiée le 17 octobre 2026
- The Siva Samhita, texte sanskrit et traduction de Śrīśa Chandra Vasu (Sacred Books of the Hindus 15, partie 1, 1914), Internet Archive vérifiée le 17 octobre 2026
- Jason Birch, The Meaning of haṭha in Early Haṭhayoga, Journal of the American Oriental Society 131.4 (2011), p. 527-554 (dates et hiérarchie des quatre yogas) vérifiée le 17 octobre 2026