नाडीnāḍī · canal, tube
Les nāḍīs, ida, pingala et sushumna
3 min de lecture · Mis à jour le 16 octobre 2026 · sources vérifiées le 16 octobre 2026
En bref
Les nāḍīs sont les canaux du corps subtil où circule le prāṇa. Les textes en comptent 72 000, en nomment dix principaux et donnent à trois le rôle central : iḍā à gauche, liée à la lune ; piṅgalā à droite, liée au soleil ; suṣumnā au milieu, chemin de la Kuṇḍalinī. Le pranayama vise à les purifier pour que le souffle entre dans suṣumnā.
नाडी (nāḍī) signifie tube, conduit, tige creuse. Dans les textes médicaux, le mot peut désigner un vaisseau ; dans le yoga, il nomme les canaux du corps subtil où circule le prāṇa. L'idée est bien plus ancienne que le haṭha yoga : les Upanishads parlent déjà de canaux qui partent du cœur.
Dans les Upanishads : 72 000 et 101
Le célèbre chiffre de 72 000 canaux vient de la Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad. Dans le sommeil profond, dit-elle, le soi se retire par eux :
हिता नाम नाड्यो द्वासप्ततिः सहस्राणि हृदयात्पुरीततमभिप्रतिष्ठन्ते
hitā nāma nāḍyo dvāsaptatiḥ sahasrāṇi hṛdayāt purītatam abhipratiṣṭhante
Il est des canaux nommés hitā, soixante-douze mille, qui s'étendent du cœur au péricarde.
Ailleurs (4.3.20), la même Upaniṣad dit que ces canaux hitā sont fins comme un cheveu fendu mille fois, emplis de blanc, de bleu, de fauve, de vert et de rouge.
La Kaṭha Upaniṣad donne une autre image, dont le yoga héritera :
शतं चैका च हृदयस्य नाड्यस्तासां मूर्धानमभिनिःसृतैका । तयोर्ध्वमायन्नमृतत्वमेति
śataṃ caikā ca hṛdayasya nāḍyas tāsāṃ mūrdhānam abhiniḥsṛtaikā | tayordhvam āyann amṛtatvam eti
Les canaux du cœur sont cent et un ; l'un d'eux sort vers le sommet de la tête. En montant par lui, on atteint l'immortel.
Ce canal unique qui monte jusqu'au sommet du crâne, c'est ce que le yoga plus tardif appellera suṣumnā.
Dans les textes du haṭha : dix, puis trois
Le Gorakṣaśataka, texte nātha, nomme dix canaux principaux et leurs « portes » (versets 18 à 22) :
| Nāḍī | Ouverture selon le Gorakṣaśataka |
|---|---|
| iḍā | le côté gauche |
| piṅgalā | le côté droit |
| suṣumnā | le milieu |
| gāndhārī | l'œil gauche |
| hastijihvā | l'œil droit |
| pūṣā | l'oreille droite |
| yaśasvinī | l'oreille gauche |
| alambuṣā | la bouche |
| kuhū | la région du sexe |
| śaṅkhinī | la racine (la base) |
La Śiva Saṃhitā (2.13-2.15 dans la traduction de Vasu) porte le total à 350 000, nomme quatorze canaux principaux et dit que parmi eux iḍā, piṅgalā et suṣumnā sont les premiers, suṣumnā seule la plus haute (2.16). La Haṭhapradīpikā (4.18, numérotation GRETIL) garde 72 000 ouvertures dans la « cage » du corps et ajoute que seule suṣumnā compte ; « les autres sont sans utilité ».
Iḍā, piṅgalā, suṣumnā
| iḍā इडा | piṅgalā पिङ्गला | suṣumnā सुषुम्ना | |
|---|---|---|---|
| Côté | gauche | droit | centre |
| Associée à | la lune, la fraîcheur | le soleil, la chaleur | le feu ; le chemin de la Kuṇḍalinī |
| Fleuve (Haṭhapradīpikā 3.110) | Gaṅgā | Yamunā | (entre les deux) |
La Haṭhapradīpikā leur donne une géographie sacrée :
इडा भगवती गङ्गा पिङ्गला यमुना नदी । इडापिङ्गलयोर्मध्ये बालरण्डा च कुण्डली ॥
iḍā bhagavatī gaṅgā piṅgalā yamunā nadī | iḍā-piṅgalayor madhye bālaraṇḍā ca kuṇḍalī ||
Iḍā est la sainte Gaṅgā, piṅgalā la rivière Yamunā ; entre iḍā et piṅgalā se tient la jeune veuve, Kuṇḍalī.
Le confluent du Gange et de la Yamunā à Prayāga est l'un des lieux les plus saints de l'Inde ; le texte le place à l'intérieur du corps. La Śiva Saṃhitā fait de même avec Vārāṇasī : iḍā et piṅgalā sont les rivières Varaṇā et Asī, et l'espace entre elles est Vārāṇasī, la cité de Śiva (5.100 dans la traduction de Vasu).
Le même texte donne à suṣumnā bien des noms (3.4) : la voie vide, brahma-randhra, la grande voie, le lieu de crémation, śāmbhavī, la voie du milieu. Le Ṣaṭ-cakra-nirūpaṇa (versets 1-2, Avalon 1919) ajoute trois canaux emboîtés dans suṣumnā : vajrā, citriṇī « fine comme un fil d'araignée », et la plus intérieure, brahma-nāḍī, sur laquelle les chakras sont enfilés comme des lotus sur une tige.
Bon à savoir
Les textes divergent dans le détail. La Śiva Saṃhitā (2.25-2.26, Vasu) fait s'enrouler iḍā autour de suṣumnā jusqu'à la narine droite, piṅgalā jusqu'à la gauche ; la plupart des enseignements ultérieurs associent iḍā à la narine gauche. Lisez chaque texte dans ses propres termes plutôt que de forcer un système unique.
Purifier les canaux
Pour les textes du haṭha, les canaux sont encombrés d'impuretés (mala), et tant qu'ils le sont, le souffle ne peut entrer dans le canal du milieu (Haṭhapradīpikā 2.4). Le remède est le prāṇāyāma pratiqué chaque jour avec un esprit calme (sāttvika), pour que les impuretés de suṣumnā se dissipent (2.5-2.6). La première technique enseignée est nāḍī-śodhana, « purification des canaux » : la respiration alternée, décrite dans les versets suivants (2.7-2.10). Une grande partie du haṭha yoga, verrous (bandha) et sceaux (mudrā) compris, vise à faire quitter au prāṇa iḍā et piṅgalā pour entrer dans suṣumnā, où s'élève la Kuṇḍalinī.
Les nāḍīs et l'anatomie moderne
Les nāḍīs ne sont pas visibles en anatomie, et aucun texte sanskrit ne prétend le contraire. Au début du XXe siècle, des auteurs ont comparé iḍā et piṅgalā aux chaînes nerveuses sympathiques gauche et droite, et suṣumnā à la moelle épinière ; l'avant-propos de l'édition de la Śiva Saṃhitā par Vasu (1914-1915) le fait déjà. Ce sont des comparaisons modernes. Les textes décrivent des canaux à sentir et à visualiser dans la pratique, dans une carte du corps subtil qui comprend aussi les cinq vāyus et les chakras.
Les questions qu’on se pose
Combien y a-t-il de nadis ?
La Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad, le Gorakṣaśataka et la Haṭhapradīpikā en donnent 72 000 ; la Śiva Saṃhitā 350 000. Ces chiffres disent un réseau immense plutôt qu'un décompte.
Quelle nadi est à gauche ?
Iḍā, associée à la lune, est à gauche ; piṅgalā, associée au soleil, à droite ; suṣumnā passe au milieu. Les textes divergent sur leur trajet exact jusqu'aux narines.
Les nadis sont-elles des nerfs ?
Non. Les textes décrivent des canaux de prāṇa à sentir et à visualiser dans la pratique. Des auteurs modernes les ont comparées aux nerfs ; cette comparaison est moderne et absente des textes sanskrits.
Comment purifier les nadis ?
La Haṭhapradīpikā enseigne le prāṇāyāma, d'abord la respiration alternée, pratiquée chaque jour et sans forcer (2.5-2.10).
Sources
- Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad (recension Kāṇva) 2.1.19 et 4.3.20, texte sanskrit (GRETIL) vérifiée le 16 octobre 2026
- Kaṭha Upaniṣad 6.16, texte sanskrit (GRETIL) vérifiée le 16 octobre 2026
- Haṭhayogapradīpikā de Svātmārāma, texte sanskrit (GRETIL) vérifiée le 16 octobre 2026
- Gorakṣaśataka, édition Kuvalayananda et Shukla, versets 18 à 22, texte sanskrit (GRETIL) vérifiée le 16 octobre 2026
- Śrīśa Chandra Vasu (trad.), The Siva Samhita, Sacred Books of the Hindus vol. XV (1914-1915), Internet Archive vérifiée le 16 octobre 2026
- Arthur Avalon, The Serpent Power (1919) : Ṣaṭ-cakra-nirūpaṇa, édition en ligne (Wisdom Library) vérifiée le 16 octobre 2026