मुद्राmudrā · sceau, signe
Les mudras, les sceaux du yoga
3 min de lecture · Mis à jour le 17 octobre 2026 · sources vérifiées le 17 octobre 2026
En bref
Une mudrā est un sceau. En yoga, le mot recouvre deux familles : les gestes des mains, comme jñāna, cin, dhyāna et añjali mudrā, utilisés pour la méditation, la prière et le pranayama, et les grands sceaux du hatha yoga, qui associent posture, souffle, verrous et regard. La Hatha Yoga Pradipika en compte dix (3.6-3.7), la Gheraṇḍa Saṃhitā vingt-cinq.
Le mot
मुद्रा (mudrā) signifie sceau, empreinte, signe. La bague-sceau d'un roi était une mudrā, et l'empreinte qu'elle laissait dans la cire aussi. Dans le rituel, la danse et les images sacrées, le mot a pris le sens de geste symbolique des mains : la paume levée de Śiva qui accorde l'absence de peur, le Bouddha qui touche la terre. Dans le hatha yoga, il désigne quelque chose de plus vaste : un sceau fait avec tout le corps, le souffle et l'attention, pour retenir et diriger le prāṇa.
Deux familles de mudras
| Famille | Exemples | Source | Qui peut pratiquer |
|---|---|---|---|
| Gestes des mains (hasta mudrā) | jñāna, cin, dhyāna, añjali, viṣṇu | culte, iconographie, danse, enseignement plus tardif de la méditation | tout le monde |
| Sceaux du corps et du souffle | mahāmudrā, mahābandha, viparīta karaṇī, khecarī | Hatha Yoga Pradipika ch. 3, Gheraṇḍa Saṃhitā ch. 3 | après la posture et le pranayama, avec un professeur |
Vous serez peut-être surpris : les gestes des mains que l'on associe le plus au yoga ne figurent pas dans les listes des textes de hatha. Ils n'en sont pas moins authentiques ; leurs sources sont simplement autres.
Les dix mudras de la Hatha Yoga Pradipika
महामुद्रा महाबन्धो महावेधश्च खेचरी । उड्डीयानं मूलबन्धश्च बन्धो जालन्धराभिधः ॥ करणी विपरीताख्या वज्रोली शक्तिचालनम् । इदं हि मुद्रादशकं जरामरणनाशनम् ॥
mahāmudrā mahābandho mahāvedhaś ca khecarī | uḍḍīyānaṃ mūlabandhaś ca bandho jālandharābhidhaḥ || karaṇī viparītākhyā vajrolī śakti-cālanam | idaṃ hi mudrā-daśakaṃ jarā-maraṇa-nāśanam ||
Le grand sceau, le grand verrou, la grande pénétration et khecarī ; uḍḍīyāna, le verrou racine et le verrou nommé jālandhara ; l'acte appelé inversion, vajrolī et la mise en mouvement de la puissance : ces dix mudras détruisent la vieillesse et la mort.
Trois des dix sont les bandhas, les verrous. La promesse de vaincre la vieillesse et la mort appartient à la tradition ; lisez-la comme un poème sacré. Le texte ajoute que ces mudras doivent rester secrètes (3.9) et qu'il faut les commencer « peu à peu, d'abord », une fois bien instruit (3.31). Certaines (khecarī avec section du frein de la langue, vajrolī) appartiennent à l'histoire du yoga et ne s'enseignent jamais sur une page.
La Gheraṇḍa Saṃhitā en énumère vingt-cinq (3.1 à 3.3), dont nabho mudrā (la langue retournée contre le palais), śāmbhavī (le regard entre les sourcils), yoni mudrā (la fermeture des sens), aśvinī (la contraction du sphincter anal) et kākī (boire l'air par des lèvres en bec de corbeau).
Les mudras des mains, une à une
| Mudra | Comment | Sens dans la tradition | Usage |
|---|---|---|---|
| Jñāna mudrā (ज्ञान, connaissance) | bout de l'index contre le bout du pouce, autres doigts détendus, paumes vers le bas sur les genoux | le soi individuel (l'index) rejoint l'universel (le pouce) ; les trois doigts libres figurent souvent les trois guṇa | méditation assise, main libre en pranayama |
| Cin mudrā (चित्, conscience) | le même cercle, paumes vers le haut | la même union, geste ouvert ; Śiva en Dakṣiṇāmūrti, le maître silencieux, est représenté ainsi | méditation |
| Dhyāna mudrā (ध्यान, méditation) | mains dans le giron, paumes vers le haut, l'une dans l'autre, pouces qui se touchent | le geste du Bouddha en méditation | longues assises |
| Añjali mudrā (अञ्जलि, offrande) | paumes jointes devant le cœur | le geste du namaste, salut et prière | début et fin de pratique, salutation au soleil |
| Viṣṇu mudrā | main droite, index et majeur repliés | une position de travail | nadi shodhana |
| Ṣaṇmukhī mudrā (les six portes) | pouces sur les oreilles, index posés sans appuyer sur les paupières closes, majeurs près des narines, annulaires et auriculaires autour des lèvres | fermer les sens pour écouter au-dedans | bhramari, nāda |
Adi et brahma mudrā, enseignées à l'école du Bihar et dans d'autres écoles modernes, viennent de manuels modernes plutôt que des textes classiques. La page gyan mudra détaille le geste le plus courant.
Comment pratiquer une mudra des mains
- Asseyez-vous confortablement, le dos droit, sur un coussin, à genoux ou sur une chaise.
- Posez les mains sur les cuisses ou les genoux, épaules souples.
- Formez la mudra légèrement : les bouts des doigts se touchent, ils ne pressent pas.
- Fermez les yeux ou baissez le regard. Respirez lentement par le nez.
- Restez trois à quinze minutes, ou le temps de votre méditation.
Si les pouces se séparent en dhyāna mudrā, ou s'écrasent, votre attention s'est dispersée ou crispée : le geste devient un signal discret.
Les sceaux des yeux et de la langue
- Śāmbhavī mudrā, du nom de Śambhu, Śiva : le regard doucement levé entre les sourcils. La Gheraṇḍa Saṃhitā (3.64) la dit « secrète dans tous les tantras ». Tenez dix à trente secondes, jamais en forçant.
- Nabho mudrā : garder la langue retournée contre le palais, la pratique sûre dans l'esprit de khecarī. La Gheraṇḍa Saṃhitā demande au yogi de la tenir « où qu'il soit » (3.9).
- Khecarī mudrā : retourner la langue dans la cavité derrière le palais (HYP 3.32). Les textes décrivent un allongement de la langue par section du tissu qui la retient. Ne tentez jamais cela.
Ce qu'il ne faut pas croire
Livres et sites attribuent à chaque doigt un élément, un organe ou une maladie, avec des promesses de guérison. Ces systèmes sont modernes et varient d'un auteur à l'autre ; aucune étude ne les soutient. Quand vous restez assis en jñāna mudrā en respirant lentement, c'est très probablement la respiration lente, et non la position des doigts, qui vous apaise. Une mudra est un geste d'attention et de dévotion. C'est déjà beaucoup.
Les mudras par niveau
- Débutant : jñāna, cin, dhyāna et añjali mudrā ; nabho mudrā ; viṣṇu mudrā pour la respiration alternée.
- Intermédiaire : ṣaṇmukhī mudrā avec bhramari, śāmbhavī brève, les trois bandhas appris un à un.
- Avancé : mahāmudrā, mahābandha et viparīta karaṇī avec rétention, sous la conduite d'un professeur. Voir le chapitre Souffle et la méditation pour la place des mudras.
Les questions qu’on se pose
Quelles sont les mudras les plus courantes ?
Jñāna mudrā et cin mudrā (pouce et index joints), dhyāna mudrā (mains posées dans le giron), añjali mudrā (paumes jointes, le geste du namaste) et viṣṇu mudrā, la position de la main pour la respiration alternée.
Les mudras des mains soignent-elles ?
Aucune étude ne le montre. Les tableaux qui relient chaque doigt à un élément, un organe ou une maladie sont modernes et varient d'un auteur à l'autre. Une mudra est un geste d'attention et de sens.
Combien de temps tenir une mudra ?
Le temps de votre méditation ou de votre pratique du souffle, de trois à quinze minutes. Inutile de la tenir des heures.
Les mudras figurent-elles dans les Yoga Sutras ?
Non, Patañjali n'en parle pas. Les sceaux du corps viennent des textes de hatha (XVe-XVIIIe siècles) ; les gestes des mains viennent du rituel, de l'iconographie, de la danse et de l'enseignement plus tardif de la méditation.
Sources
- La Hatha Yoga Pradipika, traduction anglaise de Pancham Sinh, Sacred Books of the Hindus vol. XV, 3e partie (1914), Internet Archive vérifiée le 17 octobre 2026
- Svātmārāma, Haṭhayogapradīpikā, texte sanskrit (GRETIL, université de Göttingen) vérifiée le 17 octobre 2026
- Srisa Chandra Vasu (trad.), The Gheranda Samhita, Sacred Books of the Hindus vol. XV (1914-1915), Internet Archive vérifiée le 17 octobre 2026
Pratiquez en douceur et selon vos limites. Le yoga s’apprend mieux avec un professeur qualifié ; cette page ne le remplace pas.