साधनपादsādhana-pāda · le quart consacré aux moyens
Sādhana-pāda, le livre de la pratique
3 min de lecture · Mis à jour le 17 octobre 2026 · sources vérifiées le 17 octobre 2026
En bref
Le Sādhana-pāda est le deuxième livre des Yoga Sutras de Patañjali, avec 55 sutras, et le plus concret. Il s'ouvre sur le kriyā yoga, discipline, étude et abandon (2.1), analyse les cinq afflictions et le karma, affirme que la souffrance à venir peut être évitée (2.16), puis énumère les huit membres (2.29) et enseigne les cinq premiers : yama, niyama, āsana, prāṇāyāma et pratyāhāra.
Le livre en un paragraphe
Le livre 1 des Yoga Sutras décrivait le yoga pour un mental concentré. Vyāsa ouvre le livre 2 sur la vraie question : « comment celui dont le mental est tourné vers l'extérieur peut-il, lui aussi, s'engager dans le yoga ? » La réponse est une méthode. D'abord un yoga quotidien de l'action, puis un diagnostic de la souffrance aussi précis que celui d'un médecin, puis les huit membres, dont ce livre enseigne les cinq premiers, dits « extérieurs ». Si vous ne lisez qu'un livre des Yoga Sutras, lisez celui-ci.
Le plan, sutra par sutra
| Sutras | Thème |
|---|---|
| 2.1-2.2 | Le kriyā yoga : discipline, étude, abandon ; ses buts |
| 2.3-2.11 | Les cinq afflictions (kleśa) et comment les amenuiser |
| 2.12-2.14 | Le karma : le dépôt de l'action et ses fruits |
| 2.15-2.17 | Tout est souffrance pour qui discerne ; la souffrance à venir peut être évitée ; sa cause |
| 2.18-2.24 | Le vu et celui qui voit ; leur conjonction, causée par l'ignorance |
| 2.25-2.27 | La libération, et son moyen : un discernement sans faille |
| 2.28-2.29 | Les huit membres |
| 2.30-2.34 | Les cinq yamas, le « grand vœu », les cinq niyamas, cultiver le contraire |
| 2.35-2.45 | Le fruit de chaque yama et niyama |
| 2.46-2.48 | L'assise |
| 2.49-2.53 | La régulation du souffle |
| 2.54-2.55 | Le retrait des sens |
Vyāsa remarque, sur 2.15, que l'enseignement a quatre parties, comme la médecine : la maladie, sa cause, la santé et le remède. Ici : la souffrance, sa cause (la conjonction de celui qui voit et de ce qui est vu), la libération, et le moyen (le discernement).
Les sutras clés
Le yoga de l'action (2.1).
तपःस्वाध्यायेश्वरप्रणिधानानि क्रियायोगः ॥
tapaḥ-svādhyāyeśvara-praṇidhānāni kriyā-yogaḥ ||
La discipline, l'étude et l'abandon au Seigneur forment le yoga de l'action.
Mot à mot : tapas, chaleur, discipline ; svādhyāya, récitation et étude (voir svādhyāya) ; īśvara-praṇidhāna, abandon au Seigneur ; kriyā-yoga, le yoga sous forme d'action. Le sutra suivant donne son but : cultiver l'absorption et amenuiser les afflictions (2.2). La lignée moderne qui a pris ce nom est présentée sur la page kriya yoga.
Les cinq afflictions (2.3).
अविद्यास्मितारागद्वेषाभिनिवेशाः क्लेशाः ॥
avidyāsmitā-rāga-dveṣābhiniveśāḥ kleśāḥ ||
L'ignorance, le sentiment du « je suis », l'attachement, l'aversion et l'agrippement à la vie sont les afflictions.
L'ignorance est le terrain des quatre autres (2.4) : prendre l'impermanent, l'impur, le douloureux et le non-soi pour le permanent, le pur, l'agréable et le soi (2.5).
La phrase la plus encourageante du texte (2.16).
हेयं दुःखमनागतम् ॥
heyaṃ duḥkham anāgatam ||
La souffrance qui n'est pas encore venue est à éviter.
Mot à mot : heyam, à éviter, à abandonner ; duḥkham, la souffrance ; anāgatam, pas encore venue. L'explication de Vyāsa est simple : la souffrance passée a été vécue, la présente est en train de l'être ; seule celle qui vient peut encore être prévenue.
Quand surgissent des pensées nuisibles (2.33).
वितर्कबाधने प्रतिपक्षभावनम् ॥
vitarka-bādhane pratipakṣa-bhāvanam ||
Quand des pensées nuisibles oppressent, cultiver leur contraire.
Vitarka désigne ici les pensées de nuire, de mentir, de voler et les autres, que l'acte soit commis, provoqué ou approuvé (2.34). Les yamas et niyamas eux-mêmes sont détaillés sur yamas et niyamas et ahiṃsā.
L'assise (2.46-2.47).
स्थिरसुखमासनम् ॥
sthira-sukham āsanam ||
L'assise est stable et confortable.
प्रयत्नशैथिल्यानन्तसमापत्तिभ्याम् ॥
prayatna-śaithilyānanta-samāpattibhyām ||
Par le relâchement de l'effort et l'union du mental avec l'illimité.
Le résultat : on n'est plus heurté par les paires de contraires (2.48), que Vyāsa illustre par le chaud et le froid.
Le souffle (2.49).
तस्मिन्सति श्वासप्रश्वासयोर्गतिविच्छेदः प्राणायामः ॥
tasmin sati śvāsa-praśvāsayor gati-vicchedaḥ prāṇāyāmaḥ ||
L'assise étant établie, le prāṇāyāma est l'interruption du flux de l'inspiration et de l'expiration.
Le sutra 2.50 décrit trois mouvements, vers l'extérieur, vers l'intérieur et retenu, observés selon le lieu, le temps et le nombre, qui deviennent longs et subtils ; le 2.51, un quatrième qui dépasse les deux premiers. Alors le voile qui couvre la lumière intérieure s'amincit (2.52) et le mental devient apte à la concentration (2.53).
Ce que cela change dans votre pratique
- Une triade quotidienne. Une petite discipline, un passage lu, l'offrande de l'effort du jour : le kriyā yoga en dix minutes.
- Nommez l'affliction. Quand une réaction forte survient, demandez-vous si c'est de l'attachement, de l'aversion ou de la peur (2.3), sans vous juger.
- Prévenir plutôt que revivre. Le sutra 2.16 détourne l'attention du regret vers ce qui peut encore être évité.
- La pensée contraire. Pratiquez le 2.33 une fois par jour, sur une pensée réelle.
- L'assise, puis le souffle. Une assise stable et aisée d'abord ; le travail du souffle vient après (2.49).
Le livre suivant, le Vibhūti-pāda, se tourne vers l'intérieur : concentration, méditation, absorption. Toute la progression est résumée sur les huit membres.
Les questions qu’on se pose
Sadhana : que signifie ce mot ?
Sādhana désigne ce qui mène droit au but : le moyen, l'accomplissement, la pratique. Dans le titre du deuxième livre, sādhana-pāda, c'est le quart consacré aux moyens du yoga.
Combien de sutras compte le Sadhana pada ?
55, de 2.1 (le kriyā yoga) à 2.55 (la maîtrise complète des sens). Le compte est le même dans toutes les éditions courantes.
Pourquoi ce deuxième livre est-il si important ?
Parce qu'il s'adresse à un mental ordinaire, dispersé. Vyāsa l'introduit par une question : comment celui dont le mental est tourné vers l'extérieur peut-il, lui aussi, s'engager dans le yoga ? Tout le livre y répond.
Le Sadhana pada enseigne-t-il des postures et des techniques de respiration ?
Il donne des principes, pas des techniques : l'assise doit être stable et confortable (2.46), l'effort relâché (2.47), et le prāṇāyāma est l'interruption du flux du souffle (2.49-2.51). Les postures et méthodes de respiration nommées viennent de textes de hatha yoga plus tardifs.
Sources
- Patañjali, Yogasūtra, texte sanskrit, éd. Āgāśe 1904, saisi par Philipp A. Maas (GRETIL, université de Göttingen) vérifiée le 17 octobre 2026
- Patañjali, Yogasūtra avec le Yogabhāṣya de Vyāsa, texte sanskrit (GRETIL) vérifiée le 17 octobre 2026
- Monier-Williams, Sanskrit-English Dictionary (1899), entrée sādhana, Cologne Digital Sanskrit Dictionaries vérifiée le 17 octobre 2026
- James Haughton Woods, The Yoga-System of Patañjali, Harvard Oriental Series 17 (1914), Internet Archive vérifiée le 17 octobre 2026