कठोपनिषद्kaṭha-upaniṣad
La Kaṭha Upanishad, un enfant, la Mort et la première définition du yoga
4 min de lecture · Mis à jour le 17 octobre 2026 · sources vérifiées le 17 octobre 2026
En bref
La Kaṭha Upanishad, du Yajurveda noir, raconte comment l'enfant Naciketas, envoyé à la Mort par son père, demande ce qui se passe après la mort. Yama lui enseigne le soi impérissable, compare le corps à un char conduit par l'intelligence (3.3-9) et donne la plus ancienne définition du yoga : la ferme maîtrise des sens (6.10-11, numérotées 2.3.10-11 dans certaines éditions).
L'histoire
Un brahmane nommé Vājaśravasa accomplit un sacrifice où il doit donner tout ce qu'il possède. Son fils Naciketas, encore enfant, regarde passer les dons : de vieilles vaches qui ont bu leur dernière eau, mangé leur dernière herbe et donné leur dernier lait (1.3). Troublé, il demande à son père : « À qui me donneras-tu ? » Il le demande une deuxième, puis une troisième fois. Excédé, le père répond : « À la Mort, je te donne » (1.4).
Naciketas se rend chez Yama, le seigneur de la mort, qui est absent. L'enfant attend trois nuits sans manger. À son retour, Yama s'excuse d'avoir laissé un hôte brahmane sans nourriture et lui accorde trois vœux, un par nuit (1.9) :
- Que son père soit apaisé et l'accueille à son retour (1.10).
- La connaissance du rite du feu qui mène au ciel, que Yama baptise de son nom (1.13-19).
- La réponse à une question : quand un homme meurt, les uns disent qu'il existe encore, les autres que non. Qu'en est-il ? (1.20)
Yama tente d'échapper au troisième vœu en l'achetant : des fils et des petits-fils centenaires, du bétail, de l'or, des chevaux, des terres, des femmes avec leurs chars et leur musique (1.23-25). Naciketas refuse : « tout cela use la vigueur des sens… garde tes chars, garde tes danses et tes chants » (1.26). Ce refus est sa qualification. Yama commence à enseigner.
La numérotation : quelle édition ?
La Kaṭha compte deux chapitres (adhyāya) de trois sections (vallī) chacun. Les éditions numérotent ses strophes de deux manières :
| Passage | Numérotation par section (GRETIL d'après Olivelle 1998, Müller 1884, Hume 1921) | Numérotation par chapitre et section (beaucoup d'éditions indiennes) |
|---|---|---|
| Le char | 3.3-9 | 1.3.3-9 |
| Om | 2.15-17 | 1.2.15-17 |
| Définition du yoga | 6.10-11 | 2.3.10-11 |
Nous suivons le premier système, celui du texte sanskrit de GRETIL.
Le bien et l'agréable (2.1-2)
La première leçon de Yama est un choix que tout pratiquant rencontre chaque jour : le bien (śreyas) et l'agréable (preyas) s'attachent tous deux à l'homme ; le sage choisit le bien, l'insensé l'agréable, « pour acquérir et conserver » (2.2).
श्रेयश्च प्रेयश्च मनुष्यमेतस्तौ संपरीत्य विविनक्ति धीरः । श्रेयो हि धीरोऽभि प्रेयसो वृणीते प्रेयो मन्दो योगक्षेमाद्वृणीते ॥
śreyaś ca preyaś ca manuṣyam etas tau saṃparītya vivinakti dhīraḥ | śreyo hi dhīro 'bhi preyaso vṛṇīte preyo mando yogakṣemād vṛṇīte ||
Le bien et l'agréable viennent tous deux à l'homme. Le sage les examine et les distingue ; le sage préfère le bien à l'agréable, l'insensé choisit l'agréable pour acquérir et conserver.
Viennent ensuite Om, la syllabe « que proclament tous les Védas » (2.15-17), et une strophe dont la Bhagavad Gita reprendra mot pour mot toute la seconde moitié dans sa propre strophe 2.20 :
न जायते म्रियते वा विपश्चिन्नायं कुतश्चिन्न बभूव कश्चित् । अजो नित्यः शाश्वतोऽयं पुराणो न हन्यते हन्यमाने शरीरे ॥
na jāyate mriyate vā vipaścin nāyaṃ kutaścin na babhūva kaścit | ajo nityaḥ śāśvato 'yaṃ purāṇo na hanyate hanyamāne śarīre ||
Le sage ne naît ni ne meurt ; il ne vient de nulle part et n'est devenu personne. Non né, constant, éternel, ancien, il n'est pas tué quand on tue le corps.
Le char (3.3-9)
L'image la plus célèbre de l'Upanishad, et peut-être de tout le yoga :
आत्मानं रथिनं विद्धि शरीरं रथमेव तु । बुद्धिं तु सारथिं विद्धि मनः प्रग्रहमेव च ॥
ātmānaṃ rathinaṃ viddhi śarīraṃ ratham eva tu | buddhiṃ tu sārathiṃ viddhi manaḥ pragraham eva ca ||
Sache que le soi est le passager du char, et le corps, le char. Sache que l'intelligence est le cocher, et le mental, les rênes.
इन्द्रियाणि हयानाहुर्विषयांस्तेषु गोचरान् । आत्मेन्द्रियमनोयुक्तं भोक्तेत्याहुर्मनीषिणः ॥
indriyāṇi hayān āhur viṣayāṃs teṣu gocarān | ātmendriyamanoyuktaṃ bhoktety āhur manīṣiṇaḥ ||
Les sens, dit-on, sont les chevaux, et leurs objets, les chemins qu'ils parcourent. Le soi attelé aux sens et au mental, les sages l'appellent celui qui fait l'expérience.
| Dans l'image | En vous | Strophe |
|---|---|---|
| le passager (rathin) | le soi (ātman) | 3.3 |
| le char (ratha) | le corps | 3.3 |
| le cocher (sārathi) | l'intelligence, le discernement (buddhi) | 3.3 |
| les rênes (pragraha) | le mental (manas) | 3.3 |
| les chevaux (haya) | les sens (indriya) | 3.4 |
| les chemins (gocara) | les objets des sens | 3.4 |
Un cocher sans discernement, aux rênes toujours lâches, a des sens « comme les mauvais chevaux d'un cocher » ; celui qui discerne, le mental toujours tenu, les a « comme de bons chevaux » (3.5-6). Celui-là « atteint le bout du chemin, le lieu suprême de Viṣṇu » (3.9). Remarquez le mot : le mental est yukta, attelé, de la même racine que yoga. Les strophes suivantes (3.10-13) donnent l'ordre de ce qui est au-delà : les objets, le mental, l'intelligence, le grand soi, le non-manifesté, la personne ; et enseignent à ramener la parole dans le mental, le mental dans l'intelligence, l'intelligence dans le grand soi, et celui-ci dans le soi apaisé.
La première définition du yoga (6.10-11)
Dans la dernière section, Yama nomme enfin la discipline qu'il décrivait :
यदा पञ्चावतिष्ठन्ते ज्ञानानि मनसा सह । बुद्धिश्च न विचेष्टति तामाहुः परमां गतिम् ॥
yadā pañcāvatiṣṭhante jñānāni manasā saha | buddhiś ca na viceṣṭati tām āhuḥ paramāṃ gatim ||
Quand les cinq organes de connaissance se tiennent immobiles avec le mental, et que l'intelligence ne s'agite plus, c'est là, dit-on, l'état suprême.
तां योगमिति मन्यन्ते स्थिरामिन्द्रियधारणाम् । अप्रमत्तस्तदा भवति योगो हि प्रभवाप्ययौ ॥
tāṃ yogam iti manyante sthirām indriyadhāraṇām | apramattas tadā bhavati yogo hi prabhavāpyayau ||
Cette ferme maîtrise des sens, c'est ce qu'on tient pour le yoga. On devient alors vigilant, car le yoga est à la fois apparition et disparition.
Dans les textes
La traduction anglaise de Max Müller, dans le domaine public (Sacred Books of the East 15, 1884), porte : « This, the firm holding back of the senses, is what is called Yoga. He must be free from thoughtlessness then, for Yoga comes and goes. » Soit : « Cette ferme retenue des sens, c'est ce qu'on appelle le yoga. Il faut alors être exempt d'inattention, car le yoga vient et s'en va. »
Les derniers mots, prabhavāpyayau, se lisent de deux façons : le yoga « vient et s'en va », d'où la vigilance constante qu'il demande (la lecture de Müller), ou le yoga est origine et dissolution, là où les choses naissent et retournent. Dans les deux cas, c'est le cœur de ce que Patañjali appellera pratyāhāra et dhāraṇā quelques siècles plus tard, et de ce que les Yoga Sutras définissent comme l'apaisement du mental. L'Upanishad se termine en disant que Naciketas, ayant reçu de la Mort « ce savoir et la règle entière du yoga » (yogavidhiṃ ca kṛtsnam), devint libre de passion et de mort (6.18).
Pratiquer avec le char
- Asseyez-vous dans une posture stable et fermez les yeux.
- Sentez le char : le poids du corps, les points qui touchent le sol.
- Observez les chevaux : remarquez où l'ouïe, le toucher et les autres sens vous tirent, sans les suivre.
- Tenez les rênes : chaque fois qu'une pensée court après un sens, ramenez-la doucement, comme le conseille aussi la Gita en 6.26.
- Soyez le passager : les dernières minutes, reposez-vous comme celui qui est conscient du char, des chevaux, des rênes et du cocher.
Cinq à dix minutes suffisent pour commencer. Les strophes du char et de la définition du yoga méritent d'être apprises par cœur : lisez-les à voix haute, lentement, avant de vous asseoir.
Notre livre Les Upanishads pour les yogis consacre un chapitre à la Kaṭha, avec ces passages et d'autres en devanāgarī, en translittération et dans notre propre traduction, et une pratique en fin de chapitre. L'ensemble de ces textes est présenté sur les Upanishads.
Les questions qu’on se pose
De quoi parle la Katha Upanishad ?
D'un dialogue entre Naciketas, un jeune brahmane, et Yama, le dieu de la mort. Ayant droit à trois vœux, l'enfant demande la vérité sur la mort et refuse tous les plaisirs que Yama lui offre à la place. Yama lui enseigne alors le soi qui ne naît ni ne meurt, le choix du bien plutôt que de l'agréable, Om, et le yoga.
Où le yoga est-il défini pour la première fois dans la Katha Upanishad ?
Dans la dernière section, strophes 6.10-11 dans la numérotation par section de GRETIL, de Max Müller (1884) et de Robert Hume (1921) ; les éditions indiennes qui recommencent le compte dans chacun des deux chapitres les numérotent 2.3.10-11. Le yoga y est la ferme maîtrise des sens, quand les cinq sens et le mental sont immobiles et que l'intelligence ne bouge plus.
Quelle est l'image du char dans la Katha Upanishad ?
Strophes 3.3-9 : le soi est le passager, le corps le char, l'intelligence le cocher, le mental les rênes, les sens les chevaux, et leurs objets la route. Avec un cocher sage et des rênes tenues, les chevaux obéissent et le voyageur atteint le but.
De quand date la Katha Upanishad ?
C'est une Upanishad en vers, postérieure aux grandes Upanishads en prose. Les chercheurs la placent en général dans les derniers siècles avant notre ère, entre le Ve et le Ier siècle environ ; la date exacte est discutée.
Sources
- Kaṭha Upaniṣad, texte sanskrit d'après Olivelle, The Early Upaniṣads (1998), saisi par l'équipe d'étudiants de l'université de Vienne (GRETIL) vérifiée le 17 octobre 2026
- F. Max Müller, The Upanishads, Part II, Sacred Books of the East 15 (Oxford, 1884) : Katha-upanishad, Internet Archive vérifiée le 17 octobre 2026
- Robert Ernest Hume, The Thirteen Principal Upanishads (1921), Internet Archive vérifiée le 17 octobre 2026
- Katha Upanishad, Wikipédia en anglais (datation, structure en deux chapitres et six sections) vérifiée le 17 octobre 2026
- Katha Upanishad, Wikipédia vérifiée le 17 octobre 2026
- Bhagavadgītā, texte de l'édition critique, strophe 2.20 (GRETIL) vérifiée le 17 octobre 2026