कर्म भक्ति ज्ञानkarma · bhakti · jñāna · action, dévotion, connaissance
Karma, bhakti, jñāna, les trois yogas de la Gita
3 min de lecture · Mis à jour le 17 octobre 2026 · sources vérifiées le 17 octobre 2026
En bref
La Bhagavad Gita enseigne trois grands yogas : le karma yoga, l'action faite sans s'accrocher à ses fruits (2.47, 3.19) ; le jñāna yoga, la connaissance du soi, dont elle dit que rien ne purifie autant (4.38) ; le bhakti yoga, la dévotion aimante à Kṛṣṇa (9.27, 12.8). La méditation (chapitre 6) est souvent comptée comme quatrième. La Gita les tisse ensemble au lieu de les hiérarchiser.
Deux voies nommées, une troisième révélée
La Gita ne s'ouvre pas sur une liste de yogas. Elle en nomme deux au chapitre 3, quand Arjuna se plaint qu'on lui dise à la fois d'agir et que l'intelligence vaut mieux :
लोकेऽस्मिन्द्विविधा निष्ठा पुरा प्रोक्ता मयानघ । ज्ञानयोगेन सांख्यानां कर्मयोगेन योगिनाम् ॥
loke 'smin dvividhā niṣṭhā purā proktā mayānagha | jñānayogena sāṃkhyānāṃ karmayogena yoginām ||
En ce monde il est un double fondement, que j'ai enseigné jadis, toi qui es sans tache : le yoga de la connaissance pour les gens du discernement, le yoga de l'action pour les yogis.
La troisième voie, la dévotion, grandit au fil du livre jusqu'à porter l'enseignement final (18.65-66). Au chapitre 13, Kṛṣṇa énumère les manières de voir le soi, et la méditation rejoint les autres :
ध्यानेनात्मनि पश्यन्ति के चिदात्मानमात्मना । अन्ये सांख्येन योगेन कर्मयोगेन चापरे ॥
dhyānenātmani paśyanti ke cid ātmānam ātmanā | anye sāṃkhyena yogena karmayogena cāpare ||
Certains voient le soi dans le soi, par le soi, grâce à la méditation ; d'autres par le yoga du discernement, et d'autres encore par le yoga de l'action.
C'est la strophe 13.24 de l'édition critique ; les éditions qui ajoutent un verset en tête du chapitre 13 la numérotent 13.25.
Les trois en un coup d'œil
| Karma yoga | Jñāna yoga | Bhakti yoga | |
|---|---|---|---|
| Sanskrit | कर्मयोग karma-yoga | ज्ञानयोग jñāna-yoga | भक्तियोग bhakti-yoga |
| Racine | kṛ, faire | jñā, connaître | bhaj, avoir part, aimer |
| Ce que l'on abandonne | le fruit de l'action | l'identification au corps et au mental | le sentiment d'être l'auteur et le propriétaire |
| Chapitres clés | 2, 3, 4, 5, 18 | 2, 4, 7, 13 | 7, 9, 11, 12, 18 |
| Strophes clés | 2.47, 3.19 | 4.38, 13.24 | 9.27, 12.8 |
| Notre page | karma yoga | jñāna yoga | bhakti yoga |
Le karma yoga : l'action comme offrande
La première tentation d'Arjuna est de fuir l'action. Kṛṣṇa répond que personne ne peut rester sans agir, ne serait-ce qu'un instant (3.5) : la question est donc de savoir comment agir. Le vers central est 2.47, le droit à l'action et non à ses fruits ; le chapitre 3 en tire la conséquence :
तस्मादसक्तः सततं कार्यं कर्म समाचर । असक्तो ह्याचरन्कर्म परमाप्नोति पूरुषः ॥
tasmād asaktaḥ satataṃ kāryaṃ karma samācara | asakto hy ācaran karma param āpnoti pūruṣaḥ ||
Ainsi, toujours sans attachement, accomplis l'œuvre qui doit être faite ; en agissant sans attachement, on atteint le plus haut.
En pratique : choisissez la tâche qui est devant vous, faites-la aussi bien que possible, et lâchez le résultat. La Gita donne pour modèle l'action faite « pour le maintien du monde » (lokasaṃgraha, 3.20 et 3.25) ; le seva, le service désintéressé, en est la forme vivante.
Le jñāna yoga : la connaissance qui libère
La connaissance de la Gita n'est pas de l'information. C'est la reconnaissance, enseignée dès 2.11, que le soi n'est ni le corps qui vieillit ni le mental qui change. Le chapitre 4 en fait l'éloge le plus fort :
न हि ज्ञानेन सदृशं पवित्रमिह विद्यते । तत्स्वयं योगसंसिद्धः कालेनात्मनि विन्दति ॥
na hi jñānena sadṛśaṃ pavitram iha vidyate | tat svayaṃ yogasaṃsiddhaḥ kālenātmani vindati ||
Rien ici-bas ne purifie comme la connaissance. Celui qui est accompli dans le yoga la trouve avec le temps, en lui-même.
Remarquez la seconde ligne : la connaissance se trouve « avec le temps », par celui qui est « accompli dans le yoga ». Le jñāna de la Gita est le fruit de la pratique, non un raccourci pour s'en passer. Sa méthode est donnée en 4.34 : apprendre en s'inclinant, en interrogeant et en servant ceux qui ont vu la vérité. Ses sources sont les Upanishads.
Le bhakti yoga : l'amour comme chemin
La dévotion ne demande aucune compétence particulière. Le chapitre 9 dit qu'une feuille, une fleur, un fruit ou de l'eau offerts avec amour sont acceptés (9.26), et le verset suivant fait de toute la vie une offrande :
यत्करोषि यदश्नासि यज्जुहोषि ददासि यत् । यत्तपस्यसि कौन्तेय तत्कुरुष्व मदर्पणम् ॥
yat karoṣi yad aśnāsi yaj juhoṣi dadāsi yat | yat tapasyasi kaunteya tat kuruṣva madarpaṇam ||
Quoi que tu fasses, quoi que tu manges, quoi que tu offres au feu, quoi que tu donnes, quelque ascèse que tu pratiques, fils de Kuntī, fais-en une offrande pour moi.
À la fin du chapitre 6, après avoir enseigné la méditation, Kṛṣṇa place le yogi au-dessus des ascètes, des savants et des hommes du rite (6.46), puis ajoute :
योगिनामपि सर्वेषां मद्गतेनान्तरात्मना । श्रद्धावान्भजते यो मां स मे युक्ततमो मतः ॥
yoginām api sarveṣāṃ madgatenāntarātmanā | śraddhāvān bhajate yo māṃ sa me yuktatamo mataḥ ||
Et parmi tous les yogis, celui qui, plein de foi, me vénère avec un être intérieur tout entier tourné vers moi, est à mes yeux le plus profondément uni.
Comment la Gita les relie
La Gita mêle sans cesse les voies. L'action devient dévotion quand elle est offerte (9.27) ; la connaissance mûrit par la pratique du yoga (4.38) ; la méditation stabilise l'une et l'autre. Deux strophes le disent en toutes lettres. D'abord, discernement et action mènent au même lieu :
यत्सांख्यैः प्राप्यते स्थानं तद्योगैरपि गम्यते । एकं सांख्यं च योगं च यः पश्यति स पश्यति ॥
yat sāṃkhyaiḥ prāpyate sthānaṃ tad yogair api gamyate | ekaṃ sāṃkhyaṃ ca yogaṃ ca yaḥ paśyati sa paśyati ||
Le lieu qu'atteignent les gens du discernement, les yogis l'atteignent aussi. Celui qui voit que discernement et yoga ne font qu'un, celui-là voit vraiment.
Ensuite, le chapitre 12 propose une échelle à qui ne peut encore fixer son esprit sur le divin : si tu ne le peux pas, pratique ; si tu ne peux pratiquer, agis pour Kṛṣṇa ; si même cela t'est impossible, renonce aux fruits de l'action (12.9-11). Puis :
श्रेयो हि ज्ञानमभ्यासाज्ज्ञानाद्ध्यानं विशिष्यते । ध्यानात्कर्मफलत्यागस्त्यागाच्छान्तिरनन्तरम् ॥
śreyo hi jñānam abhyāsāj jñānād dhyānaṃ viśiṣyate | dhyānāt karmaphalatyāgas tyāgāc chāntir anantaram ||
La connaissance vaut mieux que la simple pratique, la méditation surpasse la connaissance, et le renoncement aux fruits de l'action surpasse la méditation : du renoncement naît aussitôt la paix.
Les grands commentateurs lisent les mêmes strophes à des fins différentes : Śaṅkara (VIIIe siècle) fait de la connaissance le moyen ultime, Rāmānuja (XIe-XIIe siècle) et Madhva (XIIIe siècle) la dévotion, et le Gītā Rahasya de Bal Gangadhar Tilak (1915) l'action. Chacun trouve des strophes pour lui donner raison, ce qui est peut-être le meilleur signe que la Gita voulait laisser les trois portes ouvertes.
Bon à savoir
Quelle voie est la vôtre ? Regardez ce que vous faites déjà. Si vos journées sont pleines de travail et de famille, commencez par le karma yoga. Si vous aimez chanter, prier ou offrir, commencez par la bhakti. Si vous êtes attiré par les questions et le silence, commencez par le jñāna, et gardez pour les trois une méditation quotidienne.
Pratiquer les trois en une journée
- Le matin, bhakti : offrez quelque chose de petit, une fleur, une lampe, un verset, avant de commencer.
- Dans la journée, karma : choisissez une tâche et faites-la sans vérifier son résultat.
- Le soir, jñāna : dix minutes assis, en vous demandant « qui est conscient de cette fatigue, de cette pensée ? »
Notre livre La Bhagavad Gita pour les yogis explique les quatre yogas à partir du texte, chapitre par chapitre, avec 80 strophes clés en sanskrit et notre traduction.
Les questions qu’on se pose
Quels sont les trois yogas de la Bhagavad Gita ?
Le karma yoga (l'action sans attachement aux résultats), le jñāna yoga (la connaissance, qui distingue le soi de ce qui n'est pas le soi) et le bhakti yoga (la dévotion au Seigneur). La Gita nomme les deux premiers en 3.3 et consacre les chapitres 9 et 12 au troisième.
Quel yoga est le meilleur selon la Gita ?
Les commentateurs ne s'accordent pas. Śaṅkara donne le dernier mot à la connaissance, Rāmānuja et Madhva à la dévotion, Tilak au XXe siècle à l'action. Le texte dit que connaissance et action mènent au même lieu (5.5) et que le plus uni des yogis est celui qui vénère Kṛṣṇa avec foi (6.47).
Le dhyana yoga est-il un quatrième yoga ?
Le chapitre 6 enseigne la méditation en détail : le siège, la posture, le regard, la mesure, le mental instable tenu par la pratique et le détachement. Beaucoup de lecteurs modernes en font un quatrième yoga ; la Gita le présente comme la pratique qui stabilise les trois autres.
Où la Gita nomme-t-elle le karma yoga ?
En 3.3, où Kṛṣṇa dit avoir enseigné jadis une double voie : le yoga de la connaissance pour les hommes du discernement, le yoga de l'action pour les yogis. Le mot karmayoga revient en 3.7, 5.2 et 13.24.
Sources
- Bhagavadgītā, texte de l'édition critique (Bhandarkar Oriental Research Institute), GRETIL vérifiée le 17 octobre 2026
- Bhagavadgītā, texte de la vulgate (la strophe 13.24 de l'édition critique y est la 13.25), GRETIL vérifiée le 17 octobre 2026
- Bhagavad Gita, Wikipédia en anglais (karma, bhakti et jñāna yoga ; lectures de Śaṅkara, Rāmānuja, Madhva, Tilak) vérifiée le 17 octobre 2026